Un adversaire pas comme les autres
Il y a des matchs qu'on ne raconte pas de la même façon que les autres. Des moments où l'adversaire d'en face change la nature même de la compétition. Pour Brendon de Jonge, ce moment-là, c'était la Presidents Cup 2013 à Muirfield Village, dans l'Ohio — et en face, il y avait Tiger Woods. Pas n'importe quel Tiger Woods, non. Le numéro un mondial, l'homme aux 82 victoires sur le PGA Tour et 15 titres du Grand Chelem. L'adversaire le plus intimidant de l'histoire moderne du golf, tout simplement.
De Jonge est récemment revenu sur cette expérience dans le podcast Subpar — et ce récit m'a rappelé pourquoi la Presidents Cup, malgré toutes les critiques qu'on peut lui adresser, produit parfois des histoires humaines absolument saisissantes. Celles qui se transmettent dans les vestiaires, autour d'un verre, des années après.
Le duo Els-De Jonge : le grand et le moins connu
En foursomes — le format alterné où chaque erreur est immédiatement partagée, et chaque coup décisif encore plus précieux — Brendon de Jonge faisait équipe avec un certain Ernie Els. Rappelons ce que représente le Grand Requin Blanc dans ce contexte : Els est le recordman de victoires pour l'équipe Internationale à la Presidents Cup, avec 20 points remportés au cours de sa carrière dans cette compétition, pour un bilan de 20-18-2. Un monument.
Pour De Jonge, évoluer aux côtés d'une telle légende dans ce format intime des foursomes, c'est déjà une aventure en soi. On partage le même ballon, les mêmes décisions, les mêmes silences entre les coups. L'alchimie entre partenaires est aussi déterminante que le talent individuel. Et face à eux ? Le duo américain composé de Tiger Woods et de Matt Kuchar, partenaires redoutables dans un format où la complicité est reine.
Gagner face au Tigre : ce que ça fait
Ce qu'il faut comprendre, c'est l'atmosphère particulière qui entoure chaque match impliquant Tiger. Les galeries se déplacent massivement, la pression monte d'un cran, et les adversaires le savent : ils n'affrontent pas seulement un joueur, ils affrontent une aura. Des générations de golfeurs ont craqué sous ce poids psychologique. Certains pliaient avant même que le premier coup soit joué.
Pas De Jonge et Els. Le duo de l'équipe Internationale a tenu bon, a su lire le match, et a décroché la victoire en foursomes face à la paire Woods-Kuchar. Une victoire qui, dans l'économie générale d'une Presidents Cup, pèse son poids — chaque point est précieux dans cette confrontation biennale entre les États-Unis et le reste du monde.
Est-ce que cela suffit à inverser le rapport de force global ? Pas tout à fait. L'équipe américaine a dominé l'édition 2013, et la Presidents Cup reste historiquement un événement où les États-Unis s'imposent avec régularité. Mais dans ce type de compétition par équipes, on retient les moments, pas seulement le score final. Et ce match-là, De Jonge ne l'a manifestement pas oublié.
La Presidents Cup, terrain de légendes personnelles
Ce récit de De Jonge illustre parfaitement ce qui fait le charme discret de la Presidents Cup. Ce n'est pas la Ryder Cup — le prestige médiatique n'est pas le même, l'histoire non plus. Mais pour les joueurs de l'équipe Internationale, souvent issus d'Afrique du Sud, d'Australie, d'Asie ou d'Amérique du Sud, cette compétition représente parfois la seule occasion de vivre l'expérience du golf par équipes à ce niveau d'intensité. Et quand on gagne un match, surtout contre Tiger Woods, ça vous suit toute une vie.
On est en septembre 2026, et la prochaine édition de la Presidents Cup se profile déjà à Medinah Country Club, en Illinois, du 24 au 27 septembre. Une nouvelle occasion pour une nouvelle génération de joueurs de créer leurs propres histoires. Peut-être que dans dix ans, l'un d'eux racontera dans un podcast le jour où il a regardé l'adversaire d'en face dans les yeux — et n'a pas cligné.
En attendant, chapeau bas à Brendon de Jonge d'avoir osé raconter ce moment avec autant de sincérité. C'est ce genre de récit qui nous rappelle que derrière les tableaux de scores et les statistiques, le golf est avant tout une collection d'histoires humaines. Et celle-là, elle vaut le détour.
