Un son de cloche bien différent des discours officiels
On a l'habitude d'entendre les joueurs de la LIV Golf afficher un optimisme de façade quant à l'avenir de leur ligue. Mais Carlos Ortiz a décidé de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Le Mexicain a exprimé publiquement ses craintes sur la viabilité financière de la LIV Golf au-delà de 2026, confiant selon des sources médiatiques que « la ligue risque de disparaître faute de financement ». Un témoignage qui tranche radicalement avec le discours ambiant — et qui mérite qu'on s'y attarde.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que la question de l'après-2026 est devenue le sujet brûlant dans les coulisses de la ligue saoudienne. Rappelons que Scott O'Neil, le PDG de LIV Golf, avait récemment assuré aux joueurs que la saison 2026 se déroulerait comme prévu, tentant d'éteindre les spéculations qui s'accumulent. Mais visiblement, ses garanties ne convainquent pas tout le monde — et Ortiz fait partie des sceptiques. Ce qui rend sa prise de parole d'autant plus notable, c'est qu'il s'agit d'un joueur qui a lui-même encaissé 34 millions de dollars en gains LIV Golf : ce n'est pas un homme qui mord la main qui le nourrit par dépit, mais quelqu'un qui mesure concrètement les risques à venir.
Carlos Ortiz, une voix qui compte
Ce n'est pas n'importe quel joueur qui parle. Carlos Ortiz est une figure respectée dans le circuit : en 2020, il est devenu le premier golfeur mexicain à remporter un événement du PGA Tour en 42 ans, lors du tournoi de Houston. Une victoire historique pour son pays, et une carte de visite qui lui donne une certaine légitimité pour parler de l'état des lieux du golf professionnel.
Sur le circuit LIV, le Mexicain a également démontré sa valeur compétitive. On se souvient notamment de son tour d'ouverture en 60 coups (-10) lors du LIV Golf Hong Kong, qui lui avait valu la tête du classement avec deux coups d'avance sur Dean Burmester. Des performances qui prouvent qu'il n'est pas en train de finir sa carrière en roue libre sur des chèques saoudiens — il continue de performer, et c'est précisément pourquoi ses inquiétudes sur l'avenir de la structure qui l'emploie sonnent si juste.
Quand un homme de son expérience et de ses résultats déclare craindre la disparition de la ligue, ce n'est pas anodin. Ce n'est pas un inconnu qui cherche à faire parler de lui — c'est quelqu'un qui vit la réalité de la LIV de l'intérieur, et qui choisit de ne pas jouer le jeu de la communication policée.
Le malaise qui grandit dans les rangs de la LIV
La sortie d'Ortiz intervient dans un contexte de flou persistant autour de l'avenir financier et institutionnel de la ligue. Les négociations entre LIV Golf, le PGA Tour et les instances du golf mondial piétinent, et les joueurs se retrouvent dans une position inconfortable : liés par des contrats lucratifs à court terme, mais sans visibilité réelle sur ce que sera leur carrière dans deux ou trois ans.
Ce qu'il faut bien mesurer, c'est le courage qu'il faut pour s'exprimer ainsi quand la grande majorité des collègues — souvent sous pression implicite — choisissent de rester dans le rang. Ortiz assume une position qui pourrait lui coûter cher en interne, mais qui résonne sûrement avec beaucoup d'autres joueurs qui, eux, se taisent. Le fait qu'il soit l'un des joueurs les mieux rémunérés de la ligue, avec 34 millions de dollars perçus, lui confère à la fois une certaine liberté de parole et une crédibilité indéniable : il n'a aucun intérêt à dramatiser la situation pour justifier un hypothétique retour sur le PGA Tour.
Pour les observateurs du golf mondial, ce genre de déclaration constitue un signal d'alarme supplémentaire. La LIV Golf avait misé sur un modèle disruptif, une promesse de révolution du sport. À mi-chemin, la question de la pérennité reste entière — et les propres joueurs de la ligue commencent à le dire franchement. Quand celui qui a le plus à perdre à parler est aussi celui qui parle le plus clairement, il serait imprudent de ne pas l'écouter.
