Le launch monitor ne dit pas tout
On vit une époque formidable pour le golfeur amateur. Des appareils comme le Trackman, le FlightScope ou le Full Swing KIT ont rendu accessibles des données qui, il y a dix ans encore, étaient réservées aux ateliers de fitting des grandes marques et aux practice des pros. Vitesse de balle, angle de lancement, spin rate, angle d'attaque, dispersion… on peut désormais disséquer chaque coup comme un ingénieur aéronautique. Et pourtant. Il y a un piège dans lequel beaucoup tombent : confondre la richesse des données avec la qualité du fitting.
C'est précisément la question que soulève l'échange entre Johnny Wunder et Marshall Thompson, directeur chez Fujikura, autour du shaft Ventus — l'un des modèles les plus joués actuellement sur le PGA Tour. Le message est clair : les chiffres du launch monitor sont importants, mais il y a autre chose à regarder. Quelque chose que les données brutes ne capturent pas toujours.
Ce que le shaft fait que le launch monitor ne voit pas
Quand on parle de shaft en fitting, le réflexe naturel est d'aller chercher les métriques de vol : si le spin monte, on cherche un profil plus bas ; si la balle part trop à droite, on joue sur le tip ou le kick point. C'est une approche valide, mais incomplète. Ce que Thompson souligne — et c'est un point que je retrouve régulièrement en travaillant avec des joueurs — c'est la notion de ressenti dans les mains, ce qu'on appelle parfois la « feel response » du shaft.
Un shaft peut produire des chiffres corrects sur le launch monitor et pourtant ne jamais vous donner confiance au moment d'adresser la balle. Il peut y avoir un léger retard de chargement qui perturbe votre timing, une restitution trop brusque en zone d'impact qui vous fait « tirer » la balle gauche sans comprendre pourquoi, ou au contraire une rigidité excessive qui vous donne l'impression de frapper dans un manche à balai. Ces sensations ont un impact direct sur la reproductibilité de votre swing — et donc sur votre scoring réel, pas sur celui simulé en cabine.
Le Ventus a justement construit sa réputation sur cette capacité à marier des données de lancement propres avec un profil de chargement qui convient à un large spectre de swings rapides et engagés. Ce n'est pas un hasard si on le retrouve dans les sacs de nombreux joueurs sur le circuit américain. Mais attention : ce qui fonctionne pour un ballstripper à 120 mph de swing speed ne fonctionnera pas nécessairement pour un handicap 15 à 95 mph.
Le vrai critère : la répétabilité
Voilà le mot-clé que j'utilise systématiquement lors d'un fitting : répétabilité. Un bon shaft pour vous, c'est celui qui vous permet de reproduire le même schéma de vol coup après coup — pas celui qui vous donne le meilleur résultat en coup isolé. Un launch monitor sur une séquence de 10 balles va vous montrer la dispersion, le brassard des données. Et c'est là que ça devient intéressant : si votre spin rate varie de 1 200 tr/min entre le meilleur et le pire coup, le shaft n'est probablement pas le seul coupable, mais il peut amplifier ou atténuer cette variance.
C'est pourquoi lors d'un fitting digne de ce nom, on ne regarde pas juste le meilleur coup ou la moyenne des données. On regarde l'écart-type, la cohérence de la start line — la ligne initiale de la balle au départ — et la façon dont les anomalies se distribuent. C'est précisément ce que Thompson met en avant dans cet échange : la start line, cette direction initiale que prend la balle dans les premières fractions de seconde après l'impact, est souvent plus révélatrice que le résultat final du vol.
Comprendre la start line pour mieux choisir
La start line dépend avant tout de la face angle à l'impact — pas de la swing path comme beaucoup le croient encore. Si votre balle part systématiquement à droite de votre cible, même quand le reste des données semble cohérent, c'est que votre face est ouverte au moment de la frappe. Cela peut être lié à votre technique, bien sûr, mais aussi au comportement du shaft dans les derniers centimètres avant l'impact.
Un shaft trop rigide pour votre profil de swing aura tendance à ne pas se fermer suffisamment, laissant la face légèrement ouverte. Un shaft trop souple, lui, aura tendance à trop se fermer — et vous retrouverez la balle à gauche. Le fitting consiste à trouver le point d'équilibre où votre mouvement naturel interagit favorablement avec le comportement du shaft. Et ça, aucun algorithme ne peut le décider à votre place : ça se joue en testant, en ressentant, en comparant.
Mon conseil pour votre prochain fitting
La prochaine fois que vous êtes face à un launch monitor avec un fitter, résistez à l'attrait du meilleur chiffre unique. Posez-lui les bonnes questions : quelle est ma dispersion sur la start line ? Quelle est la cohérence de mon spin rate ? Est-ce que ce shaft amplifie mes erreurs ou les atténue ? Un bon fitter ne cherche pas à vous vendre le shaft qui produit la balle la plus longue en coup parfait. Il cherche à vous trouver l'outil qui rend vos coups imparfaits les plus jouables possible.
Le Ventus de Fujikura est un exemple de shaft conçu avec une philosophie précise, validée par des données de tour et par des retours de joueurs de haut niveau. Mais quelle que soit la marque ou le modèle que vous testez, gardez en tête que le launch monitor est un outil d'analyse, pas un oracle. Les chiffres vous racontent une histoire — à vous d'apprendre à en lire entre les lignes.
