Un rendez-vous avec l'histoire personnelle
Il y a des tournois qu'on n'oublie pas. Pas forcément parce qu'on les a gagnés, mais parce qu'on a failli. Robert MacIntyre sait ce que ça fait de voir un Major lui glisser entre les doigts, et c'est avec cette cicatrice en tête qu'il revient à l'US Open 2026, du 18 au 21 juin à Shinnecock Hills. L'Écossais figure dans le peloton des qualifiés grâce à son top 10 à l'édition 2025 — seul critère qui compte quand un parcours comme Shinnecock vous convoque. Et cette fois, il veut transformer l'essai.
La saison 2026 de MacIntyre n'est pas celle qu'il aurait rêvée sur le papier. Zéro victoire en 2026, trois top 10 au compteur, et un passage au Truist Championship (6-9 mai) conclu sur des scores de 74-70-69-73 qui racontent une régularité encore perfectible. À 28 ans, le gaucher d'Oban n'est pas en crise, mais il n'est clairement pas dans la forme ascendante qu'on lui connaît lors de ses meilleures séquences. Pourtant, les Majors ont cette faculté de redistribuer les cartes, surtout quand le parcours s'appelle Shinnecock Hills.
Shinnecock, le juge de paix des vrais golfeurs
Shinnecock Hills n'est pas un parcours ordinaire. Perché sur Long Island à Southampton, il est l'un des rares layouts américains qui évoque véritablement le links européen : vent, rough impitoyable, fairways étroits, greens en faux-plat qui punissent la moindre approximation. Pour un joueur formé sur les links écossais, ce profil de parcours est censé constituer un avantage structurel. C'est précisément l'argument que MacIntyre et son entourage mettent en avant.
Ce sera le 126e US Open de l'histoire, et la 6e édition disputée sur ce tracé mythique. Le champion en titre est J.J. Spaun, qui figure parmi les 15 anciens champions ayant déposé leur candidature pour cette édition — 10 201 entrées au total, un chiffre qui illustre le prestige de l'épreuve. Dans le camp des favoris désignés par les bookmakers et les observateurs, on retrouve logiquement Scottie Scheffler, Rory McIlroy et Jon Rahm, des profils de joueurs capables de dominer même les parcours les plus hostiles.
Le groupe McIlroy et l'enjeu des tee-times
MacIntyre n'est pas le seul Européen à surveiller. Rory McIlroy a été associé à ses coéquipiers de Ryder Cup Tommy Fleetwood et Ludvig Åberg pour les deux premiers tours — un trio de poids qui concentrera une bonne partie de l'attention médiatique, notamment en Europe. Ce type de grouping n'est pas anodin : il génère de l'ambiance dans les galeries, mais il peut aussi créer une forme de pression collective quand les choses tournent mal.
MacIntyre, lui, aborde ce Major avec le statut d'un outsider crédible plutôt que d'un favori déclaré. Ses deux victoires en carrière sur le PGA Tour, acquises en 2024 avec le Genesis Scottish Open et le RBC Canadian Open, ont prouvé qu'il pouvait gagner à ce niveau. Mais un Major, c'est autre chose. C'est une semaine entière à gérer la pression, le cut et les conditions changeantes — autant d'éléments qui ont eu raison de lui en 2025.
2025 : la blessure encore fraîche
Les données disponibles confirment que MacIntyre s'est qualifié pour cette édition via le critère top 10 et ties de l'US Open 2025 — une liste qui inclut également Viktor Hovland, Cameron Young, Tyrrell Hatton ou encore Scottie Scheffler. Autrement dit, il avait été suffisamment proche du sommet l'an dernier pour avoir le droit de revenir. C'est à la fois une consolation et une frustration : on ne se souvient pas des top 10 dans les Majors, on se souvient des vainqueurs.
La question qui se pose pour lui n'est donc pas celle de sa légitimité — elle est établie — mais celle de sa capacité à franchir le dernier palier quand l'intensité monte. À Shinnecock, le parcours va séparer les hommes des joueurs. Le rough sera épais, le vent soufflera et la pression de l'US Open sera maximale dès le premier trou. C'est exactement le contexte dans lequel MacIntyre doit prouver qu'il peut tenir.
Un choix de carrière qui dit tout
Ce qu'on sait également de l'Écossais, c'est qu'il a refusé une offre du LIV Golf il y a quelques années — juste avant de disputer sa première Ryder Cup à Rome. Un choix délibéré, celui de rester dans le système traditionnel, de participer aux Majors, de représenter l'Europe en compétition par équipes. Ce positionnement éclaire sa hiérarchie des priorités : les titres qui comptent dans les livres d'histoire, pas les chèques qui font les gros titres des tabloïds.
Shinnecock Hills, du 18 au 21 juin, sera donc bien plus qu'un simple tournoi pour Robert MacIntyre. C'est un test de caractère, une réponse à une déception passée, et peut-être l'occasion de basculer définitivement dans la catégorie des grands. Le parcours lui convient sur le papier. Il reste à traduire ça en chiffres sur le leaderboard.
