Un problème que tout le monde voit, mais que personne ne règle
Il y a des sujets dans le golf professionnel qui reviennent avec la régularité d'un bogey sur un par 5 facile : le débat PGA Tour / LIV, l'avenir du world ranking, et le jeu lent. Ce dernier, en particulier, cristallise les frustrations depuis des décennies sans que les instances trouvent une réponse vraiment efficace. Jon Rahm a décidé de s'en emparer cette semaine, avec la franchise qu'on lui connaît.
L'Espagnol ne mâche pas ses mots quand il s'exprime, et sur ce sujet-là, il a visiblement beaucoup réfléchi. Parce qu'on aurait tort de le réduire à un simple râleur : Rahm est quelqu'un qui comprend le jeu dans sa mécanique profonde, qui analyse, et qui arrive avec des propositions concrètes. C'est d'ailleurs ce qui rend son intervention intéressante au-delà du buzz habituel.
Le vrai problème, selon Rahm
Ce que pointe Rahm, c'est une vérité que beaucoup d'observateurs connaissent mais qu'on entend rarement formulée aussi clairement par un joueur de son calibre : le problème du jeu lent dans le golf professionnel est systémique, pas individuel. Ce n'est pas uniquement l'affaire d'un joueur particulier qui prend trop de temps sur un putt — c'est la structure même du jeu professionnel qui génère une lenteur structurelle.
Rahm a évoqué lui-même le volume des plateaux lors des tournois : «Quand vous avez plus de 150 joueurs pendant les tours», le rythme global devient impossible à maintenir. Ce n'est pas une question de mauvaise volonté individuelle, c'est une question de saturation du parcours. Un élément que les règlements actuels, calqués sur des pénalités coup par coup, ne traitent pas du tout.
En cela, Rahm rejoint un diagnostic que Bryson DeChambeau avait lui aussi formulé récemment après avoir été averti pour jeu lent. Deux joueurs LIV Golf qui, depuis leur départ du circuit américain traditionnel, ont peut-être une liberté de parole plus grande pour critiquer les structures en place.
La solution qu'il propose
Sans entrer dans le détail précis de chaque mesure — les sources disponibles ne retranscrivent pas l'intégralité de ses propos —, Rahm s'oriente vers une approche plus collective et préventive du problème, plutôt que de s'appuyer uniquement sur des sanctions après coup. L'idée centrale semble être d'agir en amont sur l'organisation des tournois plutôt que de punir le joueur isolé qui dépasse son chrono sur un coup particulier.
C'est là que son analyse prend tout son sens d'un point de vue technique. Un golfeur qui ralentit en fin de tour n'est pas forcément de mauvaise foi : il subit souvent l'effet domino d'un groupe devant lui qui a lui-même subi un embouteillage plus tôt dans la journée. Le golf professionnel est un système fluide, et un point de friction crée une onde qui se propage sur tout le reste du plateau.
Rahm, une voix qui pèse… et qui divise
Il faut contextualiser qui parle. Jon Rahm a rejoint LIV Golf en décembre 2023, et son rapport avec les instances du golf traditionnel est pour le moins compliqué. Il a récemment retiré son appel des sanctions du DP World Tour tout en maintenant publiquement qu'il n'avait aucune intention de régler les amendes réclamées — un bras de fer qui a suscité des réactions vives, notamment de la part de Rory McIlroy. Le qualifier de simple porte-voix désintéressé serait donc naïf.
Pourtant, sur le fond du sujet, difficile de lui donner tort. Le jeu lent est une réalité documentée et unanimement décriée — par les joueurs, les téléspectateurs, les organisateurs. Rahm compte 20 victoires professionnelles dont 11 sur le PGA Tour, et a été numéro un mondial pendant plus de 50 semaines au cours de sa carrière. Il a également remporté le titre de Champion individuel LIV Golf pour la deuxième année consécutive en 2025. Quand un joueur de cette envergure s'exprime sur la mécanique du jeu professionnel, ça mérite qu'on écoute le contenu, même si on peut discuter les intentions.
Et le golf amateur dans tout ça ?
Ce qui me frappe, en tant que passionné de technique et de parcours, c'est que cette problématique est miroir de ce qu'on vit sur les parcours publics chaque week-end. Le jeu lent n'est pas l'apanage du professionnel qui tergiverse entre deux fers : c'est une épidémie qui touche tout le golf. Et si les pros — ceux qui jouent pour leur vie, sous pression maximale — peinent à respecter les rythmes, comment peut-on espérer que l'amateur lambda s'y contraigne spontanément ?
Les solutions proposées au niveau pro ont toujours eu une valeur pédagogique pour le reste de la pyramide golfique. Si Rahm contribue à faire bouger les lignes, même depuis sa position de joueur LIV en froid avec les circuits traditionnels, ce sera une bonne nouvelle pour l'ensemble du jeu. Le golf a besoin de fluidité — pas seulement pour les audiences TV, mais pour l'expérience même du jeu, sa beauté, son rythme naturel. C'est ce qu'on oublie trop souvent dans ce débat : un tour de golf lent, c'est un tour de golf moins bien joué, mentalement et physiquement.
