Les simples du dimanche de la Solheim Cup 2026, remportée 15-13 par l'Europe à Bernardus Golf, n'ont réuni en moyenne que 170 000 téléspectateurs sur Golf Channel aux États-Unis, près de 40 % de moins que l'édition 2023.
Le chiffre qui a glacé le golf féminin
170 000. C'est l'audience moyenne enregistrée outre-Atlantique pour la journée décisive de la Solheim Cup, celle des douze simples, celle qui a vu l'Europe reprendre le trophée aux Américaines. La veille, le samedi, Golf Channel avait rassemblé 179 000 téléspectateurs. En 2023, pour la dernière journée de l'édition espagnole, ils étaient 277 000.
La comparaison est brutale, d'autant que la matière sportive, elle, n'a pas manqué : deux points d'écart au terme de trois jours, et une équipe européenne portée par ses recrues, dont la Française Nastasia Nadaud, révélation de la semaine.
Mel Reid ne décolère pas
Vice-capitaine européenne aux côtés de Caroline Hedwall, Mel Reid n'a pas cherché à enrober sa réaction. L'Anglaise a dit tout haut ce que beaucoup pensaient dans les allées de Bernardus.
La Solheim Cup est littéralement l'un des plus grands événements sportifs auxquels on assiste dans l'année. Que l'audience ait été celle-là, ça me brise vraiment le cœur.
Elle est allée plus loin, en pointant un sentiment de régression après plusieurs saisons de progression affichée pour le circuit féminin.
J'ai l'impression qu'on recule à nouveau.
Ce que le chiffre ne dit pas
Réduire cette chute à un désamour du public pour le golf féminin serait pourtant un raccourci. Plusieurs facteurs, tous concordants, ont joué contre l'épreuve sur le marché américain.
- Le décalage horaire. Jouée aux Pays-Bas, la compétition se déroulait avec six heures d'avance sur la côte est des États-Unis. Le dénouement est tombé en pleine matinée américaine.
- Le football américain. Le dimanche décisif coïncidait avec la première journée de la saison NFL, et le samedi avec le deuxième week-end de football universitaire — deux rouleaux compresseurs d'audience.
- Le marketing. L'événement ne bénéficie pas d'une fraction de l'exposition promotionnelle accordée à la Ryder Cup masculine.
- Le calendrier. Depuis 2023, la Solheim Cup ne se joue plus dans le sillage immédiat de la Ryder Cup, un voisinage qui lui offrait auparavant un effet d'entraînement.
Il faut aussi rappeler une évidence que les chiffres américains masquent : l'épreuve se jouait en Europe, à l'heure européenne, devant un public européen. Une audience mesurée sur le seul marché des États-Unis, dans ces conditions, ne dit pas grand-chose de l'intérêt réel suscité par la semaine.
La LPGA avance d'autres compteurs
Du côté du circuit américain, on met en avant une tendance de fond différente. Selon J.D. Sterba, vice-président de la communication de la LPGA, l'audience du circuit progresse d'une année sur l'autre sur l'ensemble de la saison 2026. Les responsables du circuit affirment par ailleurs que la courbe est orientée à la hausse chez leurs diffuseurs, et les impressions générées sur les réseaux sociaux pendant la semaine de Solheim Cup auraient grimpé d'environ 30 % par rapport à 2023.
Deux lectures coexistent donc : un pic d'événement raté sur un marché, et une base d'audience qui s'élargit sur l'année. Les deux peuvent être vraies en même temps.
Les chiffres clés
- 170 000 : téléspectateurs en moyenne sur Golf Channel pour les simples du dimanche
- 179 000 : l'audience du samedi, veille du dénouement
- 277 000 : l'audience de la dernière journée en 2023, en Espagne
- près de 40 % : la baisse entre les deux éditions
- + 30 % : les impressions sur les réseaux sociaux pendant la semaine, par rapport à 2023
Un enjeu qui dépasse les États-Unis
Pour le golf féminin francophone, la question n'est pas tout à fait la même. Une victoire européenne construite avec des débutantes, comme l'a montré le groupe aligné par la capitaine suédoise, constitue exactement le type de récit sur lequel se bâtit une audience durable de ce côté-ci de l'Atlantique. Encore faut-il l'exposer.
La prochaine échéance est déjà connue, et Anna Nordqvist n'exclut pas de rempiler comme capitaine en 2028. D'ici là, le circuit féminin aura trois ans pour transformer une semaine de très haut niveau sportif en rendez-vous que personne ne rate.


