La première fois depuis 1994
Il y a des absences qui se remarquent à peine. Et puis il y a celles-là. Lors de ce The Open Championship disputé à Royal Birkdale, ni Tiger Woods ni Phil Mickelson n'étaient dans le tableau de départ. Un fait anodin en apparence, sauf quand on réalise ce qu'il représente statistiquement : c'est la première fois depuis 1994 que les deux hommes ont été absents simultanément d'un Open britannique. Trente-deux ans. Une génération entière de golf professionnel.
Ce chiffre dit tout. Depuis le milieu des années 1990, Tiger et Phil ont constitué la colonne vertébrale du golf masculin mondial, les deux pôles magnétiques autour desquels gravitait l'attention médiatique, les côtes des bookmakers, les records d'audience. Les voir tous les deux absents de la saison des majeurs 2026 n'est pas un épiphénomène : c'est un marqueur historique.
Deux trajectoires, une même conclusion
Les chiffres de carrière de ces deux hommes donnent le vertige, et c'est précisément pour ça que leur absence pèse autant. Tiger Woods totalise 82 victoires sur le PGA Tour — un record partagé avec Sam Snead — et 15 titres en Majeurs. Phil Mickelson, lui, a accumulé 45 victoires sur le circuit américain dont 6 Majeurs, incluant trois Masters et deux Championnats PGA. Deux carrières qui, cumulées, représentent 21 titres dans les tournois les plus prestigieux du monde.
Mais les chiffres bruts ne racontent qu'une partie de l'histoire. Ce que Tiger et Phil incarnaient surtout, c'est une rivalité capable de remplir les tribunes et de faire monter les audiences télévisées même lors des premiers tours d'un Thursday sans enjeu apparent. Leur absence simultanée ne se mesure pas seulement en cases vides dans un leaderboard : elle se ressent dans l'atmosphère générale d'une saison des Majeurs qui cherche ses nouveaux visages d'affiche.
Royal Lytham, l'autre mémoire du golf
Pendant que le circuit masculin digère cette transition, c'est du côté de Royal Lytham & St Annes que le passé refait surface avec une intensité particulière. Le parcours accueille cette année l'AIG Women's Open, et il est impossible d'évoquer ce lieu sans convoquer immédiatement le nom d'Annika Sörenstam. La Suédoise y a écrit une page majeure de sa légende, une victoire qui s'inscrivait dans sa quête du Grand Chelem féminin.
Les statistiques de Sörenstam sont tout simplement hors normes : 72 victoires officielles sur le LPGA Tour, 10 titres en Majeurs, 89 victoires au total sur l'ensemble de sa carrière internationale. Elle demeure la seule joueuse de l'histoire à avoir rendu une carte de 59 en compétition officielle. Lytham, pour le golf féminin, c'est donc un terrain chargé d'histoire, un cadre qui rappelle à quel point ce sport a connu des épopées capables de traverser les décennies.
Une transition générationnelle en cours
La vraie question que pose cette saison 2026, ce n'est pas tant l'absence de Tiger ou de Phil en elle-même — leurs corps et leurs parcours les ont menés là où ils sont — mais ce qu'elle révèle sur la mécanique de transmission dans le golf de haut niveau. Pendant trente ans, le circuit masculin a fonctionné avec ces deux géants comme étalon de référence. Chaque nouveau champion se définissait, consciemment ou non, par rapport à eux.
Du côté féminin, la transition s'est opérée différemment. Après l'ère Sörenstam, le tour a trouvé de nouvelles têtes d'affiche, de nouveaux noms capables de porter l'intérêt du grand public. Le leaderboard de l'US Women's Open 2026 au Riviera Country Club en témoigne — des noms comme Nelly Korda ou Charley Hull figurent parmi les joueuses en vue, signe que le circuit féminin ne manque pas de personnalités capables de prendre le relais.
Le circuit masculin est désormais face au même défi. Non pas que les talents manquent — la profondeur du PGA Tour actuel est réelle. Mais remplacer deux icônes culturelles de l'envergure de Woods et Mickelson dans l'imaginaire collectif du golf mondial, ce n'est pas une question de classement mondial : c'est une question de récit, d'histoire, d'incarnation d'une époque.
Ce que Lytham nous dit en 2026
Il y a quelque chose de symboliquement fort dans le fait que ce soit Royal Lytham, terrain de mémoire du golf féminin, qui accueille l'une des dernières étapes majeures de cette saison 2026. Un parcours où l'ombre d'Annika plane encore, où chaque coup joué s'inscrit dans une continuité historique. Le golf n'efface pas ses légendes : il les superpose, couche par couche, édition après édition.
Tiger et Phil manquent à la saison 2026, c'est un fait. Mais leur absence n'est pas un creux — c'est un espace. Celui que les générations suivantes devront, à leur tour, apprendre à occuper. À Royal Lytham comme ailleurs, l'histoire du golf continue de s'écrire. Elle change simplement d'auteurs.
