Brian Rolapp, ancien bras droit de Roger Goodell à la NFL devenu patron du PGA Tour, explique à The Athletic avoir rejoint le golf parce que la crise du circuit lui rappelait la guerre entre l'AFL et la NFL dans les années 1960.
« Là où les autres voyaient le chaos »
Quand il quitte la NFL en 2025, Brian Rolapp a tout pour succéder un jour à Roger Goodell. Longtemps numéro deux de la ligue, il y a négocié plus de 100 milliards de dollars de droits télévisés et piloté le lancement du Thursday Night Football. Son départ pour un circuit de golf déchiré par la concurrence du LIV en a surpris plus d'un. Dans un entretien accordé à Andrew Marchand, de The Athletic, et repris par Golf.com, il livre sa lecture de l'histoire du sport.
« Là où la plupart des gens voyaient le chaos, moi je voyais l'AFL et la NFL dans les années 60. » — Brian Rolapp, à The Athletic
La guerre oubliée qui a fait la NFL moderne
Le parallèle n'a rien d'anodin. Au début des années 1960, une ligue rebelle, l'AFL, défie la NFL : elle signe un contrat de diffusion avec ABC et arrache des joueurs vedettes comme Joe Namath. La paix n'est conclue qu'en 1966, sous l'impulsion de Lamar Hunt, lors d'une rencontre à l'aéroport de Dallas Love Field. Selon Golf.com, ce conflit a obligé la NFL à s'agrandir, à repenser sa relation avec la télévision et à inventer une grande finale de fin de saison.
Pour Rolapp, la leçon est claire : les grandes époques du sport professionnel naissent souvent d'une période de crise, et c'est là qu'un dirigeant peut laisser sa marque. Le golf, selon lui, vit simplement la sienne avec un temps de retard.
« Le circuit traverse sa crise, simplement plus tard que tout le monde. Pour moi, c'est une opportunité. » — Brian Rolapp
Du poste de CEO à celui de commissaire
Arrivé comme CEO en juin 2025, Rolapp a été élu en juin dernier cinquième commissaire de l'histoire du PGA Tour. Il prendra ses fonctions le 1er janvier 2027, à la suite de Jay Monahan, en poste depuis 2017.
Brian Rolapp deviendra le cinquième commissaire du PGA TOUR.
Un circuit à deux étages dès 2028
La réforme qu'il a présentée en juin, à TPC River Highlands, après le feu vert du Policy Board et du conseil de PGA Tour Enterprises, redessine complètement le circuit. À partir de 2028, la Championship Series réunira jusqu'à 24 épreuves de février à août : seize Signature Events, les quatre majeurs, The Players, la Ryder Cup ou la Presidents Cup, et des play-offs repensés. Chaque tournoi offrira au moins 20 millions de dollars de dotation à un plateau d'environ 120 joueurs, sans liste d'attente ni invitation des sponsors.
En dessous, la Challenger Series comptera au moins vingt tournois à 144 joueurs, dotés d'au moins 4 millions de dollars, et servira d'antichambre : chaque saison, vingt joueurs en seront promus, tandis que les 90 premiers de la Championship Series conserveront leur place. Tiger Woods, qui présidait le comité chargé de la réforme, a tenu à rappeler que le projet ne tournait « jamais autour d'un joueur ou d'une personne ».
La télévision, encore et toujours
Comme la NFL des années 1960, le golf joue aussi son avenir à l'écran. Rolapp imagine des diffuseurs et des plateformes de streaming se positionner sur des lots de droits plus réduits. À propos de Netflix, il retourne la question : quel problème le circuit résout-il pour son diffuseur ? Une approche d'homme de télévision, cohérente avec son parcours.
Reste à savoir si le parallèle tiendra jusqu'au bout. La guerre AFL-NFL s'est conclue par une paix négociée qui a rendu la NFL plus forte. Pour Golf.com, le PGA Tour a déjà repoussé l'offensive du LIV, mais les cicatrices restent visibles : en témoignent la main tendue de Justin Rose aux joueurs du LIV ou le parcours d'Eugenio Chacarra, passé par le LIV avant de prendre la tête de la Race to Dubai. Rolapp, lui, a déjà choisi son modèle.


