Randy Smith, qui entraîne Scottie Scheffler depuis les sept ans du joueur à Royal Oaks Country Club de Dallas, a décortiqué position par position le swing du numéro un mondial dans une analyse publiée le 19 septembre par le magazine GOLF.
Le swing que personne ne copie, et qui gagne quand même
Le pied droit qui décroche, le talon qui part vers l'arrière, les appuis qui semblent se dérober au moment exact où la face de club rencontre la balle : le mouvement de Scottie Scheffler n'entre dans aucune case d'école. Il produit pourtant 22 victoires sur le PGA Tour, quatre majeurs et la première place du classement mondial. Randy Smith, enseignant membre du GOLF Hall of Fame et coach du joueur depuis ses sept ans, vient d'expliquer pourquoi ce désordre apparent n'en est pas un.
Une adresse d'une orthodoxie totale
Le paradoxe commence là où personne ne regarde. Avant le moindre mouvement, rien chez Scheffler ne sort du manuel : ses pieds sont « activement engagés dans le sol » et en grand équilibre, décrit son coach, et chaque ligne — pieds, épaules, avant-bras — est parfaitement carrée à la cible. Pas d'alignement fermé, pas de compensation cachée à l'adresse.
La montée prolonge cette rigueur. La pression s'écoule vers le côté droit pendant que le club rejoint ce que Smith appelle une position de manuel, manche et bras gauche formant une ligne qui traverse les mains et descend jusqu'à la balle. Au sommet, les hanches et les jambes fournissent un socle structurel solide contre lequel le haut du corps vient s'enrouler. Trois positions sur cinq, et toujours rien d'atypique.
Le « Scheffler shuffle » arrive après la balle
Tout se joue dans la descente. Le joueur pousse fort dans son côté gauche en gardant les bras à niveau dans la zone d'impact, et la face de club se carre, selon Smith, exactement au bon moment. C'est seulement après que naît l'image qui fait le tour des réseaux : le pied droit se libère vers le genou gauche et commence à glisser vers l'arrière, pendant que le bras droit s'étend complètement. Le coach ne range pas ce glissement dans la colonne des défauts. Il lui donne un nom — le « Scheffler shuffle » — et le présente comme la signature de son élève.
La nuance est décisive pour qui voudrait s'en inspirer sur son propre travail technique : ce jeu de jambes n'est pas une méthode pour frapper la balle, c'est ce qui se passe une fois qu'elle est partie. Chercher à imiter le glissement sans le socle de jambes qui le précède reviendrait à copier la conséquence en ignorant la cause.
Ce qu'un coach de vingt ans d'ancienneté choisit de ne pas toucher
L'enseignement le plus utile de cette analyse ne tient pas dans les positions, mais dans ce que Randy Smith s'abstient de retoucher. Depuis les sept ans de son élève, il n'a jamais tenté de ranger ces pieds mobiles dans le moule. L'inverse aurait été facile à justifier : sur le papier, un joueur dont les appuis bougent au relâché est un joueur à corriger.
C'est une constante chez les enseignants de cette trempe, ceux qui, comme Bob Toski, qui vient de fêter ses 100 ans, ont passé leur carrière à distinguer ce qui abîme un swing de ce qui le rend reconnaissable. Le travail du coach a porté sur les fondamentaux invisibles — l'équilibre, l'alignement, la structure des jambes — et a laissé vivre le reste.
Les chiffres clés
- 22 : victoires de Scottie Scheffler sur le PGA Tour
- 4 : titres en majeur
- 1 : sa place au classement mondial officiel
- 7 ans : l'âge auquel il a commencé à travailler avec Randy Smith, à Royal Oaks Country Club
- 5 : les positions détaillées par le coach, de l'adresse au finish
La technique explique-t-elle vraiment le phénomène ?
Reste la question que cette radiographie ne tranche pas. Début septembre, nous rapportions que pour les animateurs du podcast Subpar, la plus grande qualité de Scheffler ne se trouve pas dans son swing, mais dans sa capacité à rester lui-même sous pression. Les deux lectures se rejoignent plus qu'elles ne s'opposent : le meilleur joueur du monde n'a pas gagné avec un swing de manuel, il a gagné avec le sien.


