Onze jours après la Solheim Cup remportée 15-13 par l'Europe à Bernardus, la Presidents Cup s'élance jeudi à Medinah : c'est dans ce mois de septembre saturé qu'il faudrait faire entrer une Ryder Cup mixte.
Personne ne dit non, tout le monde demande « où ? »
Interrogé sur l'hypothèse d'une épreuve par équipes réunissant hommes et femmes, Luke Donald n'a pas pris trois secondes pour dire oui au principe. Le capitaine européen de Ryder Cup s'est montré franchement enthousiaste, avant de buter sur la seule chose qui compte vraiment dans ce débat.
« Je suis totalement favorable à des épreuves où nous jouons ensemble et partageons nos talents respectifs. Qui n'aurait pas envie de voir une Nelly Korda ou une Charley Hull jouer avec un Rory McIlroy, un Jon Rahm ou un Scottie Scheffler ? »
— Luke Donald, à Sky Sports
Puis vient la douche froide, dans la même conversation : « C'est formidable sur le papier, mais quand on en arrive aux aspects pratiques, où est-ce que ça va rentrer dans le calendrier ? » La question n'est pas rhétorique. Elle est, à ce jour, le seul véritable obstacle.
Le constat est partagé par ceux qui ont géré des équipes. Anthony Wall, ancien joueur du DP World Tour, pointe l'empilement des rendez-vous collectifs : « Vous avez le golf aux Jeux olympiques et il devient de plus en plus difficile pour les gars de s'engager, c'est ça le problème. » Ryder Cup, Solheim Cup, Presidents Cup : les trois se disputent traditionnellement en septembre, et les Jeux sont venus s'ajouter par-dessus.
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Le format n'est pas à inventer, il tourne déjà
C'est le point que le débat oublie systématiquement : la question « est-ce que ça peut marcher ? » a déjà reçu trois réponses, et elles sont toutes positives.
La première vient de Scandinavie. Depuis sa première édition en 2021, le Scandinavian Mixed réunit 78 joueuses du Ladies European Tour et 78 joueurs du DP World Tour sur le même parcours, dans le même classement, avec pour seule différence les départs utilisés. La dotation de 2 millions de dollars n'est pas coupée en deux : c'est une enveloppe unique, un trophée unique. Et le format a produit, en 2022, le résultat qui a tout dit : Linn Grant a terminé à 24 sous le par, avec neuf coups d'avance sur tout le monde, devenant la première femme à s'imposer sur le DP World Tour. Personne n'a eu besoin de rendre le format plus compliqué pour que le duel soit crédible.
La deuxième réponse vient de Floride. Créé en 2023, le Grant Thornton Invitational aligne chaque mois de décembre 32 professionnels à parité, PGA Tour et LPGA, en 16 équipes mixtes de deux joueurs, pour une dotation égale de 4 millions de dollars. Trois jours, trois formats : scramble, foursomes, four-ball modifié. En 2025, Charley Hull y jouait avec Michael Brennan. C'est exactement l'image que décrit Luke Donald lorsqu'il rêve à voix haute.
Los Angeles 2028 a déjà tranché
La troisième réponse est la plus lourde de conséquences, et elle est passée relativement inaperçue. Le bureau exécutif du Comité international olympique a validé l'ajout d'une épreuve mixte par équipes au programme des Jeux de Los Angeles, programme et quotas approuvés le 9 avril 2025.
Le format retenu est d'une simplicité désarmante : 36 trous, 18 de foursomes en coups alternés puis 18 de four-ball en meilleure balle. Une équipe au maximum par pays, composée d'un homme et d'une femme déjà qualifiés pour les épreuves individuelles — soit seize équipes puisées dans les soixante hommes et soixante femmes du tableau olympique. L'épreuve s'intercalera entre le tournoi masculin et le tournoi féminin, au Riviera Country Club. Ce sera la première épreuve de golf par équipes aux Jeux depuis 1904.
Autrement dit : en 2028, le golf mondial aura son épreuve mixte par équipes, à enjeu maximal, sans avoir eu besoin de créer une nouvelle semaine. Il l'a glissée dans une quinzaine qui existait déjà.
Les chiffres clés
- 16 : le nombre d'équipes de l'épreuve mixte olympique de Los Angeles 2028, une par pays
- 36 : les trous de cette épreuve, 18 de foursomes puis 18 de four-ball
- 1904 : la dernière épreuve de golf par équipes aux Jeux avant celle-ci
- 78 + 78 : joueuses du LET et joueurs du DP World Tour réunis sur un même classement au Scandinavian Mixed
- 9 : les coups d'avance de Linn Grant en 2022, première victoire d'une femme sur le DP World Tour
- 4 M$ : la dotation, égale entre hommes et femmes, du Grant Thornton Invitational
La seule semaine disponible porte déjà un nom
Reste donc la vraie question, celle que pose Donald. Et la réponse la plus honnête est désagréable pour ceux qui l'entendront : une Ryder Cup mixte ne peut pas naître d'une semaine supplémentaire. Elle ne peut naître que d'une semaine reprise à une autre épreuve.
Paul McGinley a d'ailleurs désigné la cible sans la nommer tout à fait, en imaginant une alliance entre circuits : « Peut-être qu'ils s'associent avec le LPGA Tour pour créer quelque chose comme ça. » Et, réfléchissant à l'équilibre des forces d'une Presidents Cup qui peine à tenir la distance face aux États-Unis, il ajoute : « Si vous ajoutez la moitié des joueuses internationales aux hommes, vous auriez une équipe plutôt redoutable. »
C'est là que le débat devient intéressant, parce que la logique sportive et la logique de calendrier convergent enfin. La Presidents Cup est l'épreuve par équipes dont l'équilibre compétitif pose problème : les États-Unis s'y présentent cette semaine en quête d'une onzième victoire consécutive, un déséquilibre que nous avons déjà tenté de démonter en cherchant ailleurs que dans le mystère. C'est aussi la seule des trois grandes semaines de septembre dont personne ne défendrait la formule actuelle bec et ongles. Passer l'équipe internationale en format mixte, ce n'est pas diluer la Presidents Cup : c'est lui donner un argument qu'elle n'a jamais eu.
Le reste relève de l'intendance, et l'intendance a déjà ses solutions. Le Scandinavian Mixed a réglé la question des départs. Le Grant Thornton a réglé celle de la dotation. Los Angeles règle celle du format court. Il ne manque, à ce stade, ni le modèle, ni l'envie des joueurs, ni le public : il manque un circuit prêt à céder une semaine.
Ce que la France aurait à y gagner
Pour le golf francophone, l'enjeu est loin d'être théorique. Le format olympique retenu pour 2028 conditionne la présence d'une nation à un critère simple : avoir qualifié au moins un homme et une femme dans les tableaux individuels. La France, qui aligne avec Céline Boutier — membre de l'équipe d'Europe victorieuse à Bernardus sous les ordres d'Anna Nordqvist — une joueuse capable de tenir n'importe quelle partie de haut niveau, verrait soudain son meilleur résultat masculin et son meilleur résultat féminin compter dans la même colonne.
C'est probablement l'argument qui manquait au débat, et il vaut pour toutes les fédérations de taille moyenne : un format mixte ne récompense pas la profondeur d'un circuit, il récompense le fait d'avoir deux joueurs de classe mondiale. Peu de pays ont vingt joueurs de Ryder Cup. Beaucoup en ont deux.
En attendant, c'est la version non mixte qui occupe l'écran : la Presidents Cup se dispute de jeudi à dimanche à Medinah, et se suit en France sur Canal+ Sport et Golf+, dont nous avons détaillé les horaires depuis la France.


